Ce que nous venons de dire des sentiments et des idées exprimées par le drame est

Comment donc ces mêmes personnages, qui composent encore aujourd’hui notre personnel tragique, prendraient-ils à nos yeux une consistance historique qu’ils n’ont jamais eue? Ce qui nous trompe, et ce qui en cela fait le plus grand honneur à l’art, c’est la vérité et la puissance des passions auxquelles les acteurs prêtent l’apparence matérielle de leurs corps. Sur la scène, un personnage ne peut impunément tirer à l’improviste un revolver de sa poche; il faut, ou que le public soit averti de la présence d’une arme dans la poche de tel personnage, ou que tout au moins il soit prédisposé à voir cette arme apparaître. En un mot, ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, notre personnalité morale se reflète autour de nous jusque sur les moindres objets. Ce qui diminue toutefois un peu l’étendue de ces zones, c’est l’obliquité qu’on donne aux décors et le fréquent usage des pans coupés. C’est pourquoi le sens particulier que les poètes ont de leur oeuvre leur donne une autorité dont il ne faut pas s’affranchir légèrement quand il s’agit de régler la mise en scène; et c’est pourquoi l’instinct dramatique est de toutes les qualités celle qui est la plus précieuse dans un metteur en scène.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *