La réalité est une cause formelle et non finale d’une évolution dramatique

La poésie dramatique, que sa nature même placerait dans une sphère inférieure à la poésie épique et à la poésie lyrique, reprend cependant sa place élevée lorsque, dans la lecture, par exemple, rien ne vient distraire notre esprit du plaisir idéal qu’elle nous procure, et que notre imagination seule fait tous les frais de la mise en scène. Seule la poésie pouvait créer de toutes pièces ces êtres dont la nature avait éparpillé tous les traits sur des milliers d’exemplaires humains. Le moment approche où il n’y aura plus un seul théâtre de province vivant de sa vie propre. Pièces où domine l’imagination. C’est un contraste qu’on ne peut entièrement éviter, mais qu’il ne faut pas rechercher de parti pris. Et, en effet, ce que nous appelons réalité n’est en fait qu’une oeuvre d’art qui a pour auteur l’artiste que la nature a caché au fond de chacun de nous. Au théâtre, toute péripétie doit avoir été antérieurement à l’état de possibilité, et dans les dénouements, par exemple, le grand art consiste à surprendre le spectateur par un trait ou un acte final, qu’il a la satisfaction de déduire immédiatement ou du caractère du personnage tel qu’il a été exposé, ou d’une situation antérieure, opération mentale rapide comme l’éclair et qui est l’épanouissement du plaisir esthétique.

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