Nos sensations optiques se réduisent au coloris des objets, aux relations de tons entre les ombres

Or cette sensation, ce n’est pas la pitié que nous inspire Iphigénie qui nous la donne, ni la double anxiété de Chimène, ni l’enthousiasme contagieux de Pauline, ni la rage d’Hermione; non, cette sensation, dont le dieu nous secoue après avoir secoué le poète, n’est autre chose que la sensation du beau, c’est-à-dire ce trouble presque superstitieux de stupéfaction et d’admiration qui s’empare de nous, lorsque nous voyons une ébauche faite de main d’homme se revêtir soudain des signes supérieurs de la vie dont la volonté divine a marqué le front de ses créatures. Voilà l’idée particulière. Depuis plusieurs années j’ai assisté à un très grand nombre de ces représentations, et c’est un point que je me suis efforcé d’éclaircir, en analysant mes propres impressions et en les comparant avec celles que me semblait éprouver la salle tout entière. Quelquefois l’image est lente à se former, surtout à se compléter, et quelques acteurs ont en quelque sorte besoin de l’objectiver; il leur faut plusieurs répétitions pour en porter la représentation au point de perfection qu’ils sont capables d’atteindre.

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