Il n’y a pas là une question d’appréciation que des écoles opposées puissent résoudre différemment

Utilité et devoir des théâtres subventionnés.

Enfin il faudrait que chaque objet du monde extérieur eût une représentation identique dans chaque cerveau humain. Sans le secours des décors, des costumes, d’une nombreuse figuration, combien de pièces, privées de ces moyens artificiels de détourner notre attention, n’oseraient ou ne pourraient affronter le jugement intégral de notre esprit. Il arrive souvent qu’une disposition scénique se trouve en contradiction avec la valeur relative des personnages: dans ce cas, l’effet sur lequel on comptait ne se produit pas, parce que la mise en scène a contrarié et amoindri l’effet dramatique. Dans un entr’acte, si court qu’il soit, un poète peut faire tenir un temps quelconque si grand qu’il soit. La couleur locale n’a de prix que lorsque c’est celle-là même que peut imaginer le spectateur. Cela est si vrai que cette sensation pourtant si forte peut être éprouvée, identique dans tous ses effets, aussi bien à la représentation d’une comédie de Molière qu’à la représentation d’une tragédie de Corneille ou de Racine, ce qui ne se concevrait pas si on devait en chercher la source dans le pathétique des situations, au lieu d’y voir un effet de la puissance de la poésie et du jaillissement de la vie, en un mot une manifestation du beau idéal, c’est-à-dire du beau conçu par l’esprit et enfermé par l’artiste dans un simulacre humain.

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